
Looking Through Darkness – Guru, posted with vodpod
L’autre nuit, elle m’a demandé si j’étais heureux. Ca m’a fait sourire, mais nous étions dans le noir, alors elle ne l’a pas vu.
Ca m’a amusé parce que c’est une question rituelle chez elle. De temps à autres, elle a besoin de se rassurer, de vérifier que je vais bien, parce qu’elle ne sait pas toujours bien interpréter mes silences. Et moi, systématiquement, je la tranquillise. Je sais qu’elle en a besoin, qu’il y a une réelle angoisse chez elle derrière cette interpellation un peu trop gentille. Alors à chaque fois, quoi qu’il se passe dans ma tête et dans ma (mes) vie(s), je réplique par l’affirmative, avec conviction, je trouve les mots pour la sécuriser. A moins qu’elle ne fasse qu’accepter ma réponse par principe, en fait. C’est peut être là que réside le rituel après tout…
J’ai souri également parce que cette nuit là, j’étais particulièrement bien. La journée avait été fabuleuse, exclusivement consacrée à la vie de famille mais dans un déroulement presque parfait. Pas un instant je n’avais ressenti cette frustration si familière maintenant, ce sentiment un peu amère qu’il me manque quelque chose, qu’à surpondérer cette part là de ma vie, je passe à côté de quelque chose d’essentiel, qui m’est indispensable mais sur lequel je n’arrive pas vraiment à mettre le doigt. Non ce jour là, j’étais juste parfaitement heureux avec les miens, leur amour infini me suffisait, me comblait. Ils ne sont pas si fréquents ces moments où je me sens complètement à ma place, en parfaite harmonie avec moi-même.
Oui, à ce moment là, à cet instant précis où elle m’a posé la question j’étais vraiment heureux. Mais après le lui avoir dit, j’ai réalisé qu’elle ne pouvait pas le ressentir, que je ne pouvais pas partager ça avec elle. Pour elle, ma réponse était juste exactement la même que toutes les autres fois. J’ai réalisé qu’à vouloir lui cacher la laideur, je l’empêchais tout autant de discerner le beau. Qu’avec le temps, en cherchant à gommer toutes les aspérités, j’avais surtout réussi à lui fermer l’accès à des émotions essentielles qui m’animent, des sentiments qu’elle fait vivre en moi et qui constituent l’essence même de notre couple après plus de quinze ans.
Toutes ces réflexions ont fini par troubler et dissiper ces sensations de plénitude, qui m’habitaient encore quelques instants auparavant. C’est fragile le bonheur, il s’en va aussi vite qu’il est venu, sans qu’on comprenne bien exactement pourquoi, dans un cas comme dans l’autre. Je n’étais pas malheureux pour autant. Juste un peu seul. Et un peu triste. Mais nous étions dans le noir, alors elle ne l’a pas vu.
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