Ni dieu, ni diable

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(The Talented Mr. Lowry – 3ème partie)

1ère partie
2ème partie

Seventeen Seconds – The Cure, posted with vodpod

J’enfilai mon manteau en regardant Gérard nous servir deux petits verres de Bowmore (douze ans d’âge, quand même). Nous trinquâmes silencieusement et ce n’est qu’après la première gorgée qu’il m’annonça qu’il était temps de nous dire au revoir.

« Ne sois pas surpris, me lança t’il, je t’ai plusieurs fois mis en garde. Malgré toute l’affection que je te porte, tu es devenu profondément ennuyeux pour quelqu’un comme moi. La petite représentation de ce soir ne visait qu’à t’ouvrir les yeux, mais tu as fait ce chemin là tout seul. Tes pas t’y amènent depuis un petit moment déjà. Alors arrête de faire semblant et de raconter des histoires, à toi même comme à ceux qui veulent bien t’écouter. En vérité, tu n’as plus rien à faire ici… »
Et à ce moment là, son sourire n’exprimait aucune chaleur.

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J’étais un peu dubitatif, ce genre de discours n’était pas très fréquent dans la bouche de mon diable d’ami. Il me fixa froidement, avant de m’annoncer qu’il s’était juste lassé de moi, que mes bons sentiments le dégoutaient, que mes remords et mes scrupules l’assommaient. J’aurai pu en prendre ombrage, voir même me vexer, mais après tout, ce type n’existait que dans ma tête. Alors le voir partir de lui-même n’était finalement que parfaitement cohérent avec le reste, avec ce bal des donneurs de leçon auquel je venais d’assister. Et surtout, cela me maintenait dans la confortable position du simple spectateur. Je pouvais difficilement me plaindre….

Gérard finit son whisky d’un trait, puis se resservit, ignorant tranquillement mon verre vide. Contemplant le nectar doré, il reprit : « tu sais, la vie est un balancier. Il est juste temps pour toi de vivre autre chose et le chemin que tu regardes en ce moment, je n’ai aucune envie de m’y engager à tes côtés, je n’y ai tout simplement pas ma place. Alors bon vent à toi, Sam Lowry… »

Il n’y avait rien à ajouter, la tournure quelque peu grandiloquente des événements avait un côté légèrement ridicule, je décidai donc d’y mettre un terme. Tournant le dos à mon diable d’ami, sans joie ni regret particuliers, je me dirigeai vers la sortie du bar. Avant que je n’en franchisse le seuil, Gérard m’apostropha une dernière fois :

« Laisse-moi te donner un dernier conseil. Ne va surtout pas te mettre en tête et commencer à croire que les choses ont changé, te convaincre que tu es devenu quelqu’un de différent. En réalité, tu restes exactement le même homme, mais qui va juste vivre un peu différemment son existence. Mais crois moi, cela ne durera qu’un temps. Il y aura un jour où le balancier reprendra sa course dans l’autre sens. Et ce jour là, qui sait, je ne serai peut être pas très loin de toi. » Et à ce moment là, son sourire avait retrouvé toute sa chaleur.

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Le Brasier (live 2001) – Etienne Daho, posted with vodpod

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Je ne lui renvoyai pas son sourire et quittai le bar pour m’enfoncer dans la nuit.

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(à suivre)

2 Réponses à “Ni dieu, ni diable”

  1. Sour dit :

    J’ai préféré les deux premières parties, il y avait une véritable atmosphère, plus présente, plus pesante, mais cette 3éme est toujours très bien, j’ai hâte de lire les suivantes.

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