(The Talented Mr. Lowry – 1ère partie)
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In Pursuit of Happiness – The Divine Comedy, posted with vodpod
Il y a ce bar, dans lequel j’ai mes habitudes depuis plusieurs mois, un peu plus d’un an en fait. C’est un endroit comme je les aime, pas vraiment chaleureux, mais où il fait bon se poser. Il y a des habitués, que j’ai plaisir à retrouver, des gens de passage, d’autres qui disparaissent et réapparaissent un jour et même certains avec qui j’ai développé suffisamment de liens pour les voir en dehors. Ce bar, je m’y sens un peu comme chez moi. Ce soir là, c’était mon ami Gérard qui officiait derrière le zinc, autant dire qu’on était entre gens de bonne compagnie. Et moi, perché sur mon tabouret haut je méditais tranquillement tout en scrutant le fond de ma pinte, comme si des réponses allaient soudainement y apparaître. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé exactement, si j’étais ivre ou seulement fatigué, toujours est il que mon bras a glissé du comptoir et je suis tombé lourdement sur le sol. Un vieil homme que je n’avais pas remarqué s’est penché pour m’aider à me relever. Il était rigolo ce type, avec son uniforme de scout. En même temps, quand on rencontre Baden Powell, on imagine mal qu’il puisse être habillé autrement.
Pendant qu’il me servait d’office un nouveau verre, Gérard me lança un regard plein de malice et me murmura : “Normalement, dans le chant introductif de l’Enfer, Dante fait intervenir Virgile. J’imagine que tu ne m’en voudras pas d’avoir un peu adapté les choses. Reconnais quand même que la situation a un certain à propos.” Et le sourire qu’il afficha sur son visage me mit franchement mal à l’aise.
Baden Powell me regarda longuement avant de se décider à me parler. “Mon jeune ami, me dit il, vous faites fausse route et je sais que vous en avez parfaitement conscience. Mais laissez moi vous dire ce que vos agissements m’inspirent.” S’en suivi un long monologue, où il était question de mes mensonges, de mes trahisons, de mes lâchetés… Cette logorrhée judéo-chrétienne tenait à mes yeux de la plus pure incontinence verbale, c’était juste assommant et je crois tout simplement qu’à mon âge je goutte assez peu les leçons de morale des autres. Alors, je me suis levé pour mettre une pièce dans le juke-box et lancer cette chanson, qui résume assez bien mon état d’esprit depuis quelques temps maintenant.
Le vieux chef scout écouta attentivement le morceau, moi j’éclusais tranquillement ma bière, assez satisfait de mon effet. Mais il n’avait pas l’air de vouloir lâcher l’affaire comme ça et c’est avec une horrible expression de compassion sur le visage qu’il me demanda si je croyais sincèrement que me laisser guider par mes passions ferait de moi un homme meilleur, et surtout un homme en paix, un homme heureux… Cette fois j’étais franchement agacé, je mourrais d’envie de l’attraper par le col de son uniforme ridicule pour lui hurler au visage que je ne cherchais pas à être un type bien, en tout cas pas au sens où les gens comme lui l’entendaient. Et lui mettre des baffes tout en lui expliquant que je ne savais pas ce que c’était, un homme en paix, et que nous n’aurions pas assez de la nuit pour ne serait-ce qu’entamer une discussion pour tenter de trouver une définition du bonheur. Cette pulsion de violence m’interpella un peu, comme si j’accordais finalement de l’importance à ce qu’il m’avait dit. Après tout, je n’étais peut être pas aussi au clair que je le prétendais. Alors, pour lui répondre et clore la discussion, je choisis de me réfugier derrière cet éternel faux-fuyant de l’expression de mes sentiments : le cinéma.
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C’est alors qu’un nouveau personnage entra dans la danse, un drôle de type assis à une table. Je ne l’avais encore jamais vu dans le bar, lui et sa sale gueule et quand il se mit debout pour me demander s’il m’arrivait de réfléchir aux conséquences de mes actes, je sus immédiatement que cette fois, ce ne seraient pas une chanson ou un film qui me permettraient de me tirer d’affaire.
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(à suivre)


juillet 20, 2011 à 8:06 |
J’adore… c’est le style de billet dans lequel tu excelles (à mon goût… sourire…)
(par contre, un bar fréquenté par Baden Powell, moi, je change de crémerie… sourire…)
(PS : le drôle de type assis à une table, à la fin, je crois que je le connais… de vue… sourire…)
juillet 20, 2011 à 10:07 |
Et bien… merci !
Quant au bar, je ne peux pas changer l’intérieur de ma tête, tu en conviendras…. sourire….
Et pour le drôle de type, on verra bien si tu le connais. On ne va pas non plus ouvrir des paris (imagine que tu aies deviné juste, tu me gâcherais tout mon effet…. mais tu ne veux pas me faire ça hein, Coco ? sourire…)
juillet 20, 2011 à 10:18
Je détesterais plus que tout au monde te gâcher ton effet… sourire… aussi je ne me prononcerai pas plus sur le type à la “sale gueule” (hum…)… et j’attendrai la suite… sourire…
juillet 20, 2011 à 9:44 |
J’aime beaucoup,Sam.
Un moment j’ai décollé du texte et j’ai rêvassé, non pas que j’ai véritablement décroché, plutôt qu’il m’a emporté ailleurs. Une histoire d’atmosphère.
Les atmosphères m’inspirent et me touchent. L’univers intérieur d’une personne qui se répand tout autour, donnant de la consistance à un lieu, c’est ça le transport ultime (vers où ? vers la création pardi.)
J’ai pensé à “La lune dans le caniveau” de david Goodis.
juillet 20, 2011 à 10:15 |
Elève Mike, je vous trouve quelque peu distrait et dissipé (moi qui pensais écrire des textes captivants et passionnants….)
Plus sérieusement, tu te doutes que tes compliments me touchent beaucoup. Je n’ai pas lu La lune dans le caniveau, mais de Goodis j’ai beaucoup aimé Ceux de la nuit et Epaves (Rue barbare). Et effectivement, il excelle dans la description tant des atmosphères que des tourments intérieurs de ses personnages. Bref, qu’un tel auteur te soit venu à l’esprit après avoir lu ce billet ne peut que me combler…. sourire…
juillet 20, 2011 à 10:24 |
C’est tout à fait ça… une question d’atmosphère… c’est ce que j’essayais de qualifier en disant que c’est le style de billet où tu es le meilleur selon moi… sauf que je n’arrivais pas à mettre le doigt sur le truc qui fait que ça fonctionne si bien (à part bien sûr l’unité de lieu commune à ces billets, à savoir, le fameux bar… sans parler de Gérard… sourire…)
juillet 20, 2011 à 7:19
D’aucuns pourraient penser que je radote ou que je ne me renouvelle pas beaucoup… mais bon moi, je prends les compliments sans problème, hein…. sourire….
juillet 20, 2011 à 7:11 |
http://www.fluket.com/gotlib-quot-hamster-jovial-et-ses-louveteaux-quot-megaupload-megaupload/p252794/
j’aime bien aussi ce texte
(ce bar ressemble à un blog)
juillet 20, 2011 à 7:22 |
Ah, cette BD est un de mes monuments ! De fait, merci pour le lien, ça va me permettre de récupérer plein d’images pour poster ailleurs…
(et tu n’as pas tort…)
juillet 25, 2011 à 10:45 |
Tiens, Baden Powel revient en ce moment dans ma vie comme le chapeau melon dans je ne sais plus quel bouquin. On se croise un peu partout.
Je reste convaincu que c’est un sale con sans recule et sans profondeur.
C’est vrai qu’il y a une ambiance dans ce texte. On aimerait en avoir plus.
juillet 25, 2011 à 2:36 |
Oui, la bien-pensance et l’auto-satisfaction moralisatrice sont des choses qui reviennent périodiquement dans nos vies. Et dont on a du mal à se débarrasser. Un peu comme le sparadrap du Capitaine Haddock…
juillet 25, 2011 à 3:31 |
Surprenant et quelque peu décalé !
Gemme bien !
juillet 29, 2011 à 3:59 |
Décalé oui, je mentirai en disant que ce n’était pas un peu l’effet recherché…. sourire….
Et merci.