Vingt quatre fois la vérité par seconde (2)

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“Mon film n’est pas un film. Ce n’est pas
au sujet du Vietnam, c’est le Vietnam.”

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PREAMBULE
Il y a quelques temps de cela (enfin, un peu plus en fait), j’avais entrepris de parler un peu cinéma ici (prétexte comme un autre pour passer des extraits de films qui claquent). Et donc, tel un Msieur Eddy du pauvre, j’avais commencé à étaler quelques platitudes sur l’utilisation du plan séquence par les réalisateurs.
Le présent billet fait donc suite à celui qui avait été publié là :
Vingt quatre fois la vérité par seconde (1)

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Pris dans sa dimension purement technique, le plan séquence permet au cinéaste de faire étalage de sa maîtrise, voir même de sa virtuosité et, dans quelques cas, de son talent. Mais, comme le montre le plan d’ouverture de Touch of Evil, c’est surtout un moyen d’atteindre différemment le spectateur, en lui offrant une vision au plus proche de la réalité.

Cela touche à quelque chose qui a à voir avec le réalisme, même si la notion est plus que réductrice. Parce que, évidence des évidences, le regard humain ne connait pas de plans de coupe (encore qu’on peut toujours s’amuser à fermer les yeux et tourner la tête avant de les rouvrir) (mais franchement, même bourré, c’est assez limité comme jeu). Alors un plan séquence permet tout simplement de donner à voir ce que l’œil percevrait dans une situation réelle similaire (ou plutôt ce qui s’en rapproche le plus). En jouant sur le point de vue, le réalisateur peut ainsi accentuer l’effet recherché, l’émotion désirée, en plaçant le spectateur au cœur du film.

La déclinaison la plus évidente en est bien évidemment de situer l’objectif de la caméra au niveau du regard d’un protagoniste du film. Comme celui du tueur dans l’extrait ci-dessous (à mon sens, chef d’œuvre absolu de suspens) (même si la musique y est pour beaucoup, je dois le reconnaître)

The Untouchables – B. de Palma, posted with vodpod

Dans cet extrait, il y a la vision et il y a également le mouvement. L’utilisation du steadicam (fréquente dans les plans séquences) permet, par le déplacement, de compléter (ou d’initier en fait, il y a débat) la technique permettant au spectateur de « voir par » les yeux du personnage.

Mais un simple plan fixe peut permettre d’arriver à un résultat à peu prêt similaire, l’action se déroulant en quelque sorte sous les yeux du spectateur. Exemple avec la scène suivante :

Gun Crazy – J.H. Lewis, posted with vodpod

On a là une bonne illustration du recours le plus courant et le plus efficace au plan séquence, plaçant le spectateur en position de témoin au cœur même de l’action du film.

Pour autant, on ne saurait réduire l’utilisation de ce mode de réalisation à une simple question de technique, et encore moins à tout ce blabla sur un effet recherché chez le spectateur. Non, un plan séquence c’est aussi une question de longueur de quéquette, ou plutôt de longueur relative par rapport à celle du voisin. Un réalisateur qui décide de placer un plan séquence dans son film se lance un défi (et il le lance également à son producteur exécutif par la même occasion), qui vise à établir aux yeux de tous sa maestria. L’objectif (le plus souvent) réellement visé est simple : le moment d’anthologie.

Les exemples sont légions et il serait totalement ridicule d’établir une liste ou un classement. A mes yeux, l’illustration la plus éclatante et la plus époustouflante de ce qu’un cinéaste peut faire en la matière est là :

 

Goodfellas – M. Scorsese, posted with vodpod

Je pense que cela se passe de commentaire… Tout au plus, peut on constater que certains réalisateurs sont dotés d’une vision, et qu’ils sont ensuite capable de l’imprimer sur pellicule.

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Néanmoins, on touche là un questionnement essentiel sur l’utilisation du plan séquence au cinéma, et au-delà sur toute création artistique. Quand l’égo et la vanité interviennent, toute la technique et le talent du monde ne suffisent pas (toujours) à justifier l’absence de finalité. Le style pour le style n’est qu’un errement de l’acte créatif et le cinéma, là aussi, n’est pas avare de brillantes illustrations.

Quelque soit la virtuosité qu’on y met, à ne pas avoir de réponse au pourquoi d’une scène (et par extension, au pourquoi d’un film), on peut très facilement s’exposer à cette sentence de l’ami Jean-Luc :

«Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, c’est un téléfilm que vous faites.»

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(à suivre…)

8 Réponses à “Vingt quatre fois la vérité par seconde (2)”

  1. Franck dit :

    Excellent article (n°2) donc.

  2. abettergirl dit :

    Prochain billet (en exclusivité) : le dolly zoom (travelling compensé)

    … sourire…

    y a de jolis plans séquences chez Kassovitz d’ailleurs, notamment dans la Haine (avant qu’il fasse de la daube chez les ricains quoi)… rien d’étonnant lui même étant en admiration devant le Maître, Martin. Dont l’évocation dans ton billet ne peut que me ravir.

    Sinon, je ne suis pas d’accord avec votre conclusion, à toi et JLG, mais tu dois t’en douter, on a déjà eu ce clivage là (entre autres)… sourire… Pour moi ce qui compte c’est l’émotion procurée, indépendamment d’une quelconque finalité d’une scène, d’un film… émotion qui n’est pas vouée à s’évaporer sitôt les lumières rallumées et qui peut tout à fait perdurer.

    Pour moi l’Art, quelle que soit sa forme, n’a qu’une finalité… l’Emotion.
    Et elle se suffit à elle-même.

  3. Sam Lowry dit :

    Entendons nous bien, je n’ai jamais dit que l’Art devait absolument avoir une finalité. Et je ne dis pas non plus qu’il ne doit pas en avoir (tu le sens bien là, mon consensus mou ?).

    Par contre, je pense que chaque coup de pinceau d’une toile, chaque vers d’une poésie, chaque chapitre d’un roman, chaque partition d’un instrument sur un morceau de musique (etc…) participe nécessairement à un ensemble. Qu’il doit être ressenti dans cet ensemble, qu’il doit s’inscrire dedans, qu’il doit en être un des éléments de la chaîne. Sinon, l’oeuvre n’est qu’un patchwork, un assemblage sans âme.

    Et tout cela n’empêche pas l’émotion, bien au contraire. Mais clairement, en matière de cinéma, je revendique une certaine exigence quant à ce qu’on me donne à voir. Un bon numéro d’acteurs, un bon dialogue, un joli effet de réalisation, c’est sympathique, ça peut être drôle, émouvant, époustouflant, tout ce qu’on veut…. si ça n’a pas d’autre ambition que de me distraire à un instant donné, je préfère économiser 10€ et rester devant ma télé…

  4. Coco dit :

    ça y est je bloque sur les long takes… sourire… en voilà un… 3 min (pas trop mal pour le concours de quéquettes donc)… et y en a beaucoup d’autres dans le film…

    Moi je trouve que ça fait une intro sympa… (toi tu vas trouver que la musique est relou… sourire…)

  5. Coco dit :

    Ah oui, avec le lien ça sera quand même plus parlant : http://www.youtube.com/watch?v=33C65V9JdbE

    (oui, ben à 23h40, j’ai encore moins de neurones disponibles…)

    (sourire)

  6. Sam Lowry dit :

    Dis donc, si tu publies plein de plans séquences dans les coms, il va me rester quoi pour mes prochains articles, hein ? sourire….

    Mais celui-là il est juste magnifique (et je n’ai pas grand chose à redire à la musique) (qu’est ce que c’est que ce procès d’intention d’ailleurs ?). Caméra grue + seadicam, c’est assez fort, cette alternance de plans larges et de plans serrés donne presque le vertige (n’empêche la pression sur l’actrice qui fait du patin à roulettes à la fin, t’imagine si elle se viande…).

    Non non, ce que tu nous donnes à voir là c’est beaucoup plus qu’une intro sympa, c’est carrément un tour de magie !

  7. Coco dit :

    … sourire… je suis contente que mon long take te plaise (si j’en trouve d’autres, ce qui est fort probable… sourire…, je te transmets sous le manteau… pour tes prochains billets… sourire…)

    Initialement, dans mon com’, je voulais faire référence à la patineuse, je sentais que tu relèverais… sourire…

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