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J’ai 3 ans et je rêve que mes parents m’abandonnent (en partant dans une colonne Morris-fusée).
J’ai 5 ans et ma grand-mère quitte la maison, pour repartir vivre dans son pays natal.
J’ai 7 ans et mon père m’annonce que le chien s’est enfuit et a disparu par une nuit d’orage.
J’ai 8 ans et, alors que Harald Schumacher vient de repousser le tir au but de Maxime Bossis, Horst Hrubesch transforme le sien.
J’ai 10 ans et Virginie S. déménage et change d’école.
J’ai 14 ans et Agnès L., après m’avoir superbement ignoré pendant des mois, sort avec mon meilleur ami.
J’ai 16 ans et mes parents nous annoncent que ma mère a un cancer du poumon. Alors qu’elle s’énerve sans raison sur le chien et que mon père le lui fait (gentiment) remarquer, elle lui répond en hurlant : « oh ça va hein, c’est pas à toi qu’on vient d’annoncer que tu allais mourir ».
J’ai 18 ans et je regarde mon père et ma sœur quitter le cimetière, se soutenant mutuellement et ignorant ma présence dans une totale indifférence.
J’ai 19 ans et je rêve de ma mère, qu’elle est de retour et que je lui assène que je préférais quand elle était morte.
J’ai 20 ans et, je suis au lit avec Stéphanie C. Pour la première fois de ma vie, j’ai envie de dire à une femme que je l’aime. Je ressens en fait le besoin absolu de le lui déclarer, ça me submerge. Avant que je ne puisse ouvrir la bouche, elle me débite qu’elle a envie de se faire un rail d’héroïne.
J’ai 25 ans et en sortant de la dernière épreuve écrite du Capes, je sais que pour la deuxième année de suite, je ne serai même pas admissible. Et que je ne serai finalement jamais prof.
J’ai 27 ans et le visage de Lionel Jospin ne s’affiche pas à l’écran, couronnant dix années d’engagement et de lutte antiracistes.
J’ai 28 ans et la sage femme panique, l’interne de garde est appelé d’urgence et l’infirmière me plonge dans un froid polaire en me demandant fermement de quitter la salle d’accouchement.
J’ai 30 ans et je constate qu’après quinze mois de chômage, je suis prêt à prendre n’importe quel poste, à renoncer à toutes mes aspirations, tous mes rêves. Je me sens brisé, sans égo ni fierté et je suis prêt à vendre mon âme pour un job.
J’ai 32 ans et je mets un temps infini à enregistrer le sens des mots que je viens d’entendre, à comprendre qu’après deux années d’attente douloureuse, ce n’est finalement qu’une grossesse extra-utérine.
J’ai 35 ans et je prends conscience que tout cela est bien réel. Que j’ai tellement dévasté la vie de cette femme qu’elle est réellement au bord du suicide. Qu’en l’aimant comme je n’ai jamais aimé personne, je l’ai peut être tuée.
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A chaque fois, mon monde s’est effondré. A chaque fois, j’ai cru que je ne m’en relèverai jamais. A chaque fois, je n’ai ni accepté, ni compris comment le soleil pouvait encore se lever le lendemain. Ce sentiment violent m’a habité, parfois juste un instant, parfois plus durablement….
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Aujourd’hui, j’ai 36 ans et je me dis que, finalement, je ne suis pas mécontent que la vie ait continué son cours. En vérité, j’ai même fini par apprendre à apprécier qu’elle ne soit pas, toujours, un long fleuve tranquille…
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avril 18, 2011 à 2:33 |
Paradoxale ôde à un optimisme mesuré.
avril 18, 2011 à 7:06 |
Fine analyse et sens de la formule…. Romain, c’est juste un plaisir de trouver ici !
(celle-là, je crois que je vais m’en faire un t-shirt ! sourire….)
avril 18, 2011 à 5:53 |
le long fleuve tranquille, la perfection… Quel ennui ! Nous sommes riches de toutes nos (més)aventures ! Merci pour ce joli billet qui se lit comme un parchemin et qui en dit long avec zeste d’humour au début et qui continue avec pragmatisme et pudeur… J’apprécie.
avril 18, 2011 à 7:11 |
Oui, oui… le long fleuve tranquille c’est tout sauf la vie…
Et merci à toi. J’apprécie que tu aies apprécié… sourire
avril 18, 2011 à 6:17 |
C’est une très beau texte, j’aime beaucoup.
avril 18, 2011 à 7:12 |
Et bien, et bien…. Merci du compliment !
avril 18, 2011 à 8:51 |
C’est en effet une très jolie chronologie… bien que composée d’évènements tristes, voire tragiques….
Je la trouve très cinématographique ton énumération et m’imagine une succession d’images aux couleurs plus ou moins criardes, plus ou moins saturées, selon les décennies traversées…
Comme ces films amateurs que l’on monte avec affection à l’occasion d’un mariage, d’un départ en retraite, que sais-je, tu sais, ceux bricolés par l’Oncle Bernard, sur le générique d’Amicalement Vôtre, et qui font venir les larmes aux yeux de la famille ou des amis là regroupés…
(PS : et, accessoirement, ce billet me donne un peu honte de n’écrire à l’heure actuelle que des idioties et futilités…)
avril 18, 2011 à 9:46 |
Bah, je pourrai sans problème faire la même chronologie avec plein d’évènements heureux… Je ne suis surtout pas en train de vendre que, oh là là, qu’est ce que ma vie a été difficile. C’est juste qu’à certains moments, tu as l’impression que ton monde s’écroule, tu acceptes difficilement que la vie continue autour de toi, comme s’il ne s’était rien passé (alors qu’évidemment, en fait, pour le reste de l’humanité il ne s’est rien passé). Et puis avec le recul, tu réalises que tu as finalement été de l’avant…
(PS : je ne suis pas le dernier, moi non plus, quand il s’agit aussi d’écrire des bêtises, ailleurs… Tout ça, c’est bien d’en parler, ça fait du bien quand ça sort, j’ai envie/besoin de partager ça. Mais heureusement qu’on ne s’arrête pas à ça, non plus…. alors range ta honte et, surtout, continue d’écrire en suivant juste ton inspiration et ton feeling du moment)
avril 18, 2011 à 11:21
En même temps, y a aussi des gens qui ne vont pas de l’avant, et pour moins que ce que tu as vécu…
Alors ne t’enlève pas ce mérite…
(PS : d’accord… sourire)
avril 18, 2011 à 11:38
Voilà, c’est ça, tu as mis le doigt sur le truc : je suis un garçon méritant ! ah ah…
avril 19, 2011 à 3:17
de toute évidence (et sans “ah ah”)
avril 19, 2011 à 7:53
tsss tsss…. ce genre de jugement de valeur est tellement hors de propos….
avril 19, 2011 à 9:01
tu veux dire hors de propos par rapport à ton billet ?
avril 19, 2011 à 10:09
ce billet, ce blog… moi…
avril 19, 2011 à 10:12
Nous sommes nombreux à être pétris de contradictions… on peut être méritant(s) et pas toujours réglo(s)…
Ne soyons pas trop dur avec nous même… sourire… On ira tous au paradis… même toi…
avril 19, 2011 à 11:12
Tu ne comprends pas, c’est justement à ce genre de problématique que je tourne le dos. J’ai beaucoup joué à ça à un moment, mais maintenant je suis au-delà. Je n’écris pas pour le Petit Judéo-Chrétien Illustré, pour qu’on me donne des bons ou des mauvais points. Alors dur ou complaisant avec moi même, la question ne se pose absolument pas, parce que je sais que ce sont (aussi) des oeillères qui peuvent empêcher de voir l’essence des choses.
Je ne suis pas pour autant un psychopathe, pour qui les notions de bien et de mal n’existent pas. C’est juste que quand j’écris ici, j’essaie (autant que faire se peut) de m’en dégager. Et quand ça me prend, je vais plutôt voir le Curé de ma paroisse (non en fait, je vais me saouler dans des bars et je raconte ma vie à des fonds de bouteille… sourire)
avril 19, 2011 à 11:38
je crois que c’est sociopathe quand on est ce que tu dis http://sociopathe.com/ … sourire…
Mais je comprends ce que tu dis… et cela rejoint ce que je voulais moi même dire… en gros, il faut qu’on compose avec nos contradictions et qu’on se flagelle pas pour autant (j’ai râté deux-trois épisodes de ma propre éducation judéo-chrétienne)
et loin de moi l’idée de vouloir te rassurer et t’assurer que tu méritais tes bons points… tu n’as de toute évidence pas besoin de ça…
PS : mais as-tu essayé de te saoûler avec le curé de la paroisse (sourire)… hein ?
avril 19, 2011 à 11:41
(f*ck, je m’emmêle mes identifiants… abettergirl, c’est moi… aussi… lol)
avril 19, 2011 à 1:48
Et quand on a tellement d’identités qu’on s’y prend les pieds dedans, on appelle ça comment ? eh eh…
avril 19, 2011 à 2:14
ça dépend, y a plusieurs typologies : http://www.skyscrapercity.com/showthread.php?t=1330595
J’opterai dans mon cas pour le syndrôme de personnalités multiples ou pour le dédoublement manichéen
(sourire)
avril 18, 2011 à 9:15 |
… PS-encore : enfin, je me suis un peu mal exprimée ci-dessus… je veux dire, ton billet est mieux, cinématographiquement parlant, que le film vidéo de l’Oncle Bernard… le tien aurait un chouette réalisateur (bon, ok, pas Quentin… sourire), tu vois ?
avril 18, 2011 à 10:06 |
Oui, disons que tu t’es mal exprimé… sourire… Mais de toute façon, je suis de bonne composition ce soir et je n’avais pas envie de jouer à mal le prendre… eh eh…
Quant au choix du réalisateur… j’avoue que j’ai du mal à voir quoi que ce soit de cinématographique dans tout cela, mais je ne vais bien évidemment pas te jeter la pierre pour un tel ressenti !
avril 18, 2011 à 11:17
(ah ben ça change !… sourire+clin d’oeil)
avril 18, 2011 à 11:35
Tu as déjà discuté avec Tania de cette fâcheuse tendance que tu as à donner le bâton pour te faire battre ? sourire…
avril 19, 2011 à 3:16 |
pas vraiment… je devrais ?
avril 19, 2011 à 7:55 |
bah… ce n’est peut être pas le truc le plus urgent, ni le plus essentiel, à discuter avec elle… sourire…
avril 19, 2011 à 9:04
tu sais, “tout est lié” quand même… sourire…
PS : mais là Tania, la bitch, est en vacances 2 semaines… et m’a bookée dans 3. J’ai le temps de m’auto-suicider 100 fois d’ici là ou de me prendre 40 000 coups de bâton que j’aurai bien cherché (ou pas*)
(*ça t’agace tjrs ? sourire)
avril 20, 2011 à 10:29 |
[...] Et la terre ne s’est pas arrêtée de tourner. [...]
avril 20, 2011 à 1:46 |
[me trouble que Romain soit là]
quelle chance que ton anonymat. j’aimerais pouvoir en écrire autant.
avril 20, 2011 à 3:41 |
C’est marrant que tu dises ça, moi je me suis fait la réflexion que je n’avais jamais écrit un billet aussi flag… Dans le sens où j’effleure beaucoup de sujets, ce qui permettrait (potentiellement) à un paquet de personnes de m’y reconnaître. Bon, j’ai déjà vécu avec des pics de parano bien plus élevés, alors ça ne me mine pas plus que cela….. sourire… Ceci étant, oui, tu as raison et j’y tiens beaucoup à mon anonymat !
[Quant à Romain.... ah, j'ai su tout de suite, en voyant son com, que ce petit bâtard me ferait de l'ombre....]
avril 21, 2011 à 2:10
{le connais pas un autre “biais”, voilà tout}
C’est un pot-pourri, en somme et pourtant ça sent bon (tu souris)
avril 29, 2011 à 11:51 |
” Et malgré tout, Cioran m’est quotidiennement secourable pour cette simple réflexion : Tout ce qui nous arrive n’est au fond un événement que pour nous seuls.” (http://l-autofictif.over-blog.com/ 29 avril)
mai 5, 2011 à 10:08 |
Ton billet est tragique et pourtant drole. Il m’a tour a tour etreint le coeur, et fait rire. Comme la vie quoi.
mai 5, 2011 à 12:34 |
C’est mal de se moquer des chagrins d’enfant…. sourire…. Mais ton “comme la vie” me touche beaucoup.
mai 5, 2011 à 10:11 |
C’est pas de la promo, mais du partage, parce que ce sujet est encore difficile aujourd’hui, pour moi, mais en phase, je crois, avec ton billet. C’etait juste apres les attentats de Bombay, en 2008
http://helenelecuyer.unblog.fr/2008/12/03/alteration/
mai 5, 2011 à 12:39 |
Aucun soucis, et merci beaucoup pour le lien vers ce texte très fort. En un sens, oui, ça a à voir (la vie continue, la terre ne s’arrêtera pas de tourner) mais là tu parles quand même d’évènements réellement tragiques, d’une gravité exceptionnelle. J’ai du mal à considérer les hauts et les bas de ma vie ordinaire “en phase” avec un tel drame…
mai 5, 2011 à 12:45
Chaque evenement tragique est une somme de douleurs individuelles …. Un proche qui part, dans une maladie d’une banalite insupportable et ordinaire, ou a l’occasion d’un drame ultra mediatise, c’est la meme douleur pour ceux qui restent. Mon beau pere est decede le jour de la mort de Lady Di. Je pense que la douleur de mon mari n’avait rien a envier a celle de ses enfants (si ce n’est qu’il etait plus age, mieux arme)