Papa don’t take no mess

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Et donc, je continue d’écrire régulièrement dans mon Carnet. Pas de manière très assidue certes, mais quand même, j’y reviens de temps à autres. Le côté ludique de l’exercice s’est peu à peu dissipé, laissant place à une routine tranquille et confortable. A une certaine perplexité aussi. Bon, la démarche n’a jamais été censée produire de résultat probant et concret, mais je me demande juste si je prends réellement les choses par le bon bout.

Réfléchir comme si un univers infini de possibles m’était offert est en soit amusant. Justement parce qu’il est à peu prêt entendu que je ne deviendrai jamais Rédacteur en chef du journal Spirou, qu’il y a peu de chances maintenant que je gagne un jour Roland Garros et qu’il est assez improbable que j’ai l’occasion de remercier Eddy Mitchell et Gérard Jourd’hui le jour où on me remettra un Oscar. Soit. Non, la gêne provient plutôt du fait que j’ai du mal à fixer les priorités, à réfléchir hors contexte, sans considérer dans le même temps le prix des choses. Sonder mon devenir professionnel revient à demander ce que j’ai envie d’accomplir, non pas d’un point de vue productif, mais juste en terme de réalisation et d’accomplissement humains. Or parallèlement j’ai du mal à faire comme si, à détourner le regard de toutes ces choses auxquelles il me faudra(it) renoncer.

Mon travail m’ennuie, j’y végète, je régresse, je deviens un sale type aigri. Il est plus qu’urgent que je bouge de là, que je rattrape le temps perdu à occuper un poste dont j’ai fait le tour depuis longtemps et auquel je ne conscare plus que le strict minimum nécessaire pour sauver les apparences. Quitte à perdre cette grande liberté dont je jouis, tout ce temps disponible pour vivre, notamment, la vie de Sam Lowry. Tout cela est entendu maintenant, je l’ai accepté et, même si ce ne sera pas sans une certaine mélancolie, je pense que le moment venu je réussirai sans trop de difficulté à me défaire de tout cela, ou tout du moins à le ranger dans un coin. A condition que cela en vaille la peine, bien évidemment…

Et c’est à ce point précis que le serpent se mord la queue. J’aspire à m’accomplir “personnellement” dans une activité exaltante, un truc qui me dépasse, me transporte. Quelque chose qui me rende les émotions de mes 20 ans, quand j’étais militant politique et que je vivais chaque jour pour et avec la conviction que le monde de demain ne dépendait que de notre volonté et de notre action. Mais en réalité, je suis incapable de savoir si je suis prêt, aujourd’hui, à tous les sacrifices inéluctables pour vivre avec un tel feu intérieur.

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Cela fait quelques temps maintenant que j’ai compris que j’avais trop misé, ces dernières années, sur mon accomplissement de bon père de famille. Qu’aussi personnellement gratifiant et moralement nécessaire que ce soit, ce n’était pas à travers mes enfants que j’allais me réaliser pleinement (et par ailleurs, croire une telle chose n’était pas exactement un service à leur rendre non plus). Oui, je sais parfaitement qu’il est plus que temps que je fasse aussi quelque chose de ma vie en dehors de la sphère familiale. Pour autant, je n’ai pris aucun virage, j’ai parfaitement conscience que la figure du pater familias est chez moi fondatrice, conditionnant (presque) tout le reste. Un socle donc, mais alors jusqu’à quel point, jusqu’où tirer ce trait là ?

Je ne prétends pas qu’il y ait un vrai choix en fait, une totale liberté derrière ce genre de réflexion. A cause du poids de responsabilités déjà prises et assumées, mais aussi tout simplement pour moi à cause de cette absolue nécessité, ce besoin de l’ordre du vital, de les savoir là, de les regarder sans cesse, de les sentir, de les toucher, de leur dire que je les aime. Avec en tête la conviction, le souvenir que sans eux je cours à ma perte.

Cette réflexion revient finalement à me demander quel type de père j’ai envie d’être, pour ensuite contempler le champ des possibles qui m’est offert. Et même si, à mon âge, j’ai à peu prêt réussi à me débarrasser du poids symbolique de mes souvenirs d’enfance et à dépasser mes ressentiments à l’égard de mon propre père, la question est pour moi des plus nébuleuses. Comme souvent, mon imaginaire s’est nourri de nombreuses images cinématographiques. Oui, il y a de nombreux films qui m’ont marqué en m’offrant, à différents stades de ma vie, une image remarquable du père.

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Bon, je pourrai feuilleter bien plus en avant mon livre d’images, ça n’apporterait pas grand chose. En fait, il y a avant tout deux films qui m’ont profondément marqué par la symbolique du père qu’ils véhiculaient.

Tout d’abord, dans La Ruée vers l’Ouest (Cimarron d’Anthony Mann, 1960), Glenn Ford joue le rôle d’un aventurier participant à la colonisation de l’Oklahoma. Ancien pistolero rangé des fusillades, il s’établit avec femme et enfants en ville, où ils mènent une vie difficile. Un jour, alors qu’un méchant outlow sème la terreur, Ford est obligé d’intervenir. Et de le tuer.

Suite à ce que tout le monde considère comme un acte héroïque (mais qui lui le dégoûte), Ford se voit proposer la récompense promise pour la tête du bandit. Mais il la refuse, prétextant qu’on ne peut pas être gratifié pour la mort d’un homme. Sa femme le supplie d’accepter, lui rappelle à quel point ils sont pauvres et ont besoin de cet argent pour élever leurs enfants, elle hurle, elle pleure, mais lui n’en démord pas et s’en tient au respect de son éthique… Je me souviens qu’enfant j’avais été parfaitement fasciné par cet homme faisant passer ses principes avant tout le reste, suivant son code de l’honneur et surtout de la morale avant même le bien être de sa propre famille. Pour l’anecdote, dans la suite du film Glenn Ford finit par abandonner femme et enfants pour courir l’aventure puis vivre le grand amour de sa vie (à méditer n°1).

Bien plus tard, j’ai eu l’occasion de voir Billy Elliot (de Stephen Daldry, 2000), où un enfant affronte son père dans le but de s’affirmer et de suivre ses aspirations propres (en l’occurrence, devenir danseur). Le paternel, par ailleurs mineur engagé dans une grève historique, finit par comprendre, accepter et même vouloir porter le rêve de son fils. A tel point qu’il se résout au pire des sacrifices, en trahissant ses idéaux et ses camarades pour trouver l’argent dont son enfant a besoin :

Pour l’anecdote, le père n’aura finalement pas besoin d’aller jusqu’à une telle extrémité. Et c’est justement son autre fils qui le sauvera, en l’empêchant de vendre son âme, même si c’est par amour (à méditer n°2) :

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Bon.

Sans doute existe t’il un juste milieu entre ces deux images d’Epinal. Un vaste, immense et gigantesque milieu, ouais…

Mais je ne suis pas sûr que jouer les M. Cinéma et me plonger dans ce genre de méditations contribue grandement à faire avancer ma réflexion. Il faudrait peut être que je finisse par accepter que les réponses à mes questions existentielles ne sont pas cachées à mon intention dans des films, des livres ou des chansons.

Au moins tout cela m’aide t’il, par ailleurs, à me rappeler la chance que j’ai de pouvoir me poser ce genre de problèmes.  La chance que j’ai, face à une décision, de ne pas avoir uniquement ma seule petite personne à prendre en considération. La chance, oui. Mais pas que…

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J’espère juste que je ne me réveillerai pas un beau matin, en n’ayant plus qu’à me mettre sous la dent des réflexions stériles sur le père que j’aurai voulu être…

 

24 Réponses à “Papa don’t take no mess

  1. Coco dit :

    Tu me diras ce que tu penses d’Atticus…

    • Sam Lowry dit :

      Non mais je n’avais même jamais entendu parler de ce film !

      La BA fait envie, mais il faut que je me débrouille pour voir ça….

      Mille mercis, en tout cas.

  2. MHPA dit :

    Vu la façon dont tu mènes la réflexion sur toi-même, Sam, tu es déjà père, et BIEN PLUS qu’un père.
    Tu dis tout déjà toi-même “j’ai parfaitement conscience que la figure du pater familias est chez moi fondatrice, conditionnant (presque) tout le reste. Un socle donc, mais alors jusqu’à quel point…”

    Un socle donc.
    C’est un endroit suffisamment solide pour y établir une base de création, non ?

  3. Sam Lowry dit :

    Oui, en théorie en tout cas. Après si le socle prend toute la place…

    Etre père, en soit, est tout sauf un problème, bien au contraire. La question qui me turlupine en ce moment, c’est de savoir jusqu’à quel point je dois / je veux investir cette vie là, au détriment de quoi. Je crois que ça me ferait chier que la seule épitaphe qu’on puisse écrire sur ma tombe soit un truc du genre “ce fut un gentil papa“. Mais bon, si on ne trouve même pas ça à écrire, là c’est sûr que j’aurai tout gagné ! sourire…

  4. M. dit :

    Tu sais, je crois que ce dont les enfants ont besoin c’est de parents HEUREUX, dont ils ne sentent pas qu’ils représentent pour lui une prison; une cage, un boulet.
    Ensuite, qu’ils soient heureux ensemble, séparément, ou les deux, l’essentiel est si possible qu’ils le soient tous les deux, de quelque manière que ce soit.
    C’est cela qui construit l’équilibre des enfants. Que leurs parents soient libres. Conscients de leurs responsabilités envers eux mais libres. Pas conditionnés en tout par leur existence à eux. C’est trop lourd à porter sinon.
    D’ailleurs tu le sais bien. Parce qu’il y a des responsabilités qu’un jour tu n’as pas pu porter.

    Sinon, contente de voir enfin qui est “coco” et d’où elle venait … j’aime quand les mystères s’aplanissent … :)

    • Coco dit :

      @ M… moi, un mystère ?… tu penses… (sourire)

      PS : mais chut quand même (au cas où mes parents liraient ce blog… ou le tien… Mazette.

      (clin d’oeil)

  5. Sam Lowry dit :

    Oui, oui. Je sais tout cela. Tout ce que j’ai vécu, ces derniers mois, voir même ces dernières années, m’a conduit à faire les mêmes constats que toi. D’où le certain degré de… liberté, que je m’autorise aujourd’hui pour vivre certaines choses, nécessaires à mon bonheur (strictement personnel). C’est paradoxal en un sens, mais oui, il me semble qu’il est fondamental que les parents puissent assumer et revendiquer un degré certain de pur égoïsme. Dans une famille, tout le monde se tient, l’équilibre des uns fait l’équilibre des autres….

    En ce qui concerne ce seul billet, il ne remet pas en cause et ne doit pas être déconnecté de ce que j’ai écrit auparavant (je continue à écouter Comme un igloo tous les matins, par exemple…. sourire)

    Mais avoir conscience de tout ce que tu dis n’empêche pas de se poser un certain nombre de question par ailleurs (heureusement), sans pour autant tout remettre en question à chaque fois (ce genre de travers m’est passé).

    Après sur ce que tu dis sur les DEUX parents… je ne m’avancerai pas sur ce terrain (glissant) ! sourire… (mais je n’en pense pas moins) (putain, rien n’est simple quand même…)

    Et je suis content que le “mystère Coco” se soit éclairci pour toi (mais la prochaine fois, demande moi ! sourire…)

    • mseelp dit :

      Euh … en fait il s’est très peu éclairci … sauf s’il n’y a rien d’autre à saisir que le blog, assez magique d’ailleurs, qui est derrière … sinon je ne vois pas …
      Mais disons qu’au moins j’identifie mieux l’auteur des commentaires …

  6. SarahC. dit :

    J’ai découvert ton blog il y a peu ( La folle persuadée qu’on se connait, tu sais :- ) ) et à la lecture de ce billet, je ne peux pas m’empêcher de me dire que le thème du père et de ses enfants peuvent faire de très bon roman. Surtout avec un style comme le tien.
    Mais je suppose que l’idée t’a déjà traversé l’esprit ? ( Ou alors … ! )

    • Sam Lowry dit :

      Effectivement, c’est un thème qui a été abordé (quelques fois… sourire).

      Quant à mon style… hem… c’est extrêmement gentil de me dire ça, mais je pense que ce sera beaucoup mieux pour tout le monde (à commencer par moi), si je laisse les romans aux romanciers.

      Bon et alors, au final, on se connait pour de vrai ou tu es juste folle ? sourire..

  7. SarahC. dit :

    Bon, alors c’est un thème qui a déjà été abordé … Nan parce que sinon, les romanciers sont justes des gens qui écrivent tu sais, c’est pas une espèce à part dotée de pouvoirs magiques ( J’dis ça j’dis rien hein …. )
    Sinon, pour ta dernière question, des examens sont en cours – ce qui pencherait plutôt pour la deuxième option :- )

    • Sam Lowry dit :

      Hannnnn… L’idée que “les romanciers sont justes des gens qui écrivent” C’EST LE MAL ! Tu réalises que c’est exactement à cause de ce genre d’argument que des tas de zorglhommes massacrent chaque jour la littérature, encombrent les rayons des librairies et insultent ceux qui ont vraiment une plume ? (et encore, je ne parle pas des hectares de forêt amazonienne, mais je pourrais hein…)

      Sinon, ne t’inquiète pas. Moi aussi je crois à l’existence d’univers parallèles dans lesquels existent des réalités alternatives, où tout a pu se produire…

  8. SarahC. dit :

    T’as entièrement raison, mais aucun n’est né écrivain, c’est une plume d’abord, un style, et pis après beaucoup de travail, d’où le ” ce sont des gens qui écrivent ” … Qui écrivent, qui écrivent, et qui écrivent encore.
    Alors ouais, faut avoir l’oreille musicale pour que ça donne quelque chose, et pour ça, je sais pas, peut-être qu’il faut pas les tenir en trop haute estime, histoire de se penser de taille à rivaliser … Tu vois ?

    ps: Je sais pas si c’est clair, mais putain dans ma tête c’est super clair :- )

    • Sam Lowry dit :

      Si si, ça me parait clair. Mais je ne partage toujours pas ton point de vue.

      Bon, peut être que si tu écris un livre pour développer et argumenter ton idée, je serai amené à reconsidéré la question ! sourire…

  9. SarahC. dit :

    L’écriture ( d’un roman ) pour toi c’est pas 10% de talent et 90 % de travail ?

    • Sam Lowry dit :

      Je ne sais pas (je n’ai jamais écrit de roman ! sourire…). Et quand bien même, en quoi cela voudrait il dire que n’importe qui, avec beaucoup de travail, peut le faire ?

      Non, je n’en démords pas, pour être romancier il faut quelque chose en plus, qui n’est pas donné à tout le monde. Bon j’ai du mal à mettre un nom sur ce quelque chose (je vais relire La Petite Marchande de Prose ce week-end, je suis sûr que j’y trouverai une citation de la Reine Zabo qui claque et qui illustrera parfaitement mon sentiment)

  10. charl' dit :

    Ank Moody… ^^

  11. SarahC. dit :

    Han, mais j’ai JAMAIS dit que n’importe qui pouvait le faire ! Et encore moins quelque chose de fort et qui tienne la route … D’abord parce que c’est évident qu’il faut ces 10% de talent ( Ce petit quelque chose, un style, avoir l’oreille musicale … ) mais les avoir ne suffit pas, après il faut surtout travailler … Et bon, Hank, je disais ça parce que je trouve que le style tu l’as quoi :- )

    • Sam Lowry dit :

      Bon, en fait on est d’accord mais on partage tous les deux une vilaine tendance à vouloir avoir le dernier mot ! sourire…

      Et sincèrement, merci pour les compliments. Mais alors, contentons nous de dire que tu apprécies mon blog, ça suffit amplement à mon bonheur (et à mon égo). Pas besoin de me projeter dans une démarche littéraire créative qui n’a rien à voir (et dont je suis bien incapable). En plus, ça donne une mauvaise image de toi et de tes goûts littéraires, si tu es genre à aimer les romans écrits comme des blogs… sourire…

  12. rêve dit :

    c’est curieux, ce questionnement sur la paternité me renvoie à mon questionnement sur la maternité…comment être parent aujourd’hui et penser vraiment s’accomplir…

    • Sam Lowry dit :

      Curieux ? Oui et non, en fait…

      En tout cas, j’aime bien que ce que j’écris fasse écho chez les autres (même quand ce sont plus des errements que des pensées positives)

  13. L’allégorie des Madeleines file… « Free Imaginary Boy dit :

    [...] refait le choix, à ce moment là, de rester père et, surtout, de rester le père que j’étais (notion des plus absconse, bien [...]

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